11 septembre 2001 de Michel Vinaver - par la Compagnie Le Petit Bonhomme de Chemin

Date : Jeudi 4 décembre 2014
Horaires : 20h30 - 21h15
Lieu : Théâtre Bernard-Marie Koltès
Durée : 45 minutes
Discipline : Théâtre / Danse

Réservation conseillée

11 septembre 2001

© Eva Petitdemange

Compagnie Le Petit Bonhomme de Chemin

Mise en scène : Jaison Thullier

Chorégraphe : Marie Geneau

Interprétation : Antoine Bouchez, Maxime Bouquet, Aurore Dassonville, Thibaut Dupretz, Olivier Grave, Jaison Thullier, Antoine Vandeputte

Techniciens son et lumière : Romain Quesnel, Anthony Coudeville

Comment réagiriez-vous si votre monde était soudainement plongé dans le chaos et la peur ?

CHOEUR
One More Night
The Ultimate Check out
Enjoy a Complementary Fourth Night
At One of
The Leading Hotels of the World
Rising and Falling
A Boom a Bust
The Slump but a Rebound

Le chœur, miroir de la société, omniscient mais impuissant, aura tenté, en vain, d’empêcher cet attentat. Depuis le 11 septembre 2001, on a pu observer que le gouffre entre l’Orient et l’Occident n’a cessé de se creuser par les actions croisées de l’ancien président Bush et Ben Laden. Par quoi est alimenté le néant ?

Ici, le vide est chaos. Chaos duquel sortent sept corps qui éprouveront l’événement. Chacun se retrouvera devant cet événement qui a scarifié à jamais la face du monde. Chaque spectateur sera confronté à lui-même, avec sa conscience et sa propre interprétation.

 Entretien avec la Compagnie Le Petit Bonhomme de Chemin

Comment s’est constituée votre compagnie ?

Mise en place lors d’une première création en 2011-2012, Être le loup de Bettina Wegenast, la compagnie forme un tout où les rôles se complètent. Le Petit bonhomme de chemin vient d’un noyau de trois étudiants en Arts du spectacle à Arras, que de nouveaux membres sont venus compléter, sans pour autant être en Arts du spectacle. Aucun membre n’est bloqué dans une fonction : d’une création à l’autre, tout peut changer.

Pourquoi 11 septembre 2001 ?

Le projet 11 septembre 2001 est le deuxième projet dans lequel s’est engagée la compagnie. Le texte de Michel Vinaver, à la première lecture, nous a touchés au sein de la compagnie. La pièce nous a marqués par les thèmes et les problématiques variés qu’elle englobe : la religion, la politique, l’économie… De plus, c’est un texte qui parle d’un événement qui a marqué le monde entier. En 2001, nous étions encore jeunes et nous ne saisissions pas encore totalement la portée de cdt )vínement. Travailler sur ce texte, et donc sur l’événement en lui-même, nous a permis d’apprendre beaucoup sur ce qui s’est réellement passé. Nous voulons à travers la mise en scène de cette pièce, transmettre ce savoir au spectateur, qui, comme nous avant de monter cette pièce, est seulement dans une connaissance superficielle de l’événement, dans la seule connaissance de ce que les médias ont pu rapporter au monde entier à l’époque. Toutes les recherches que nous avons réalisées en amont du spectacle font partie d’un processus de pédagogie active sur l’événement. Néanmoins, notre parole n’est pas le « savoir universel » : nous n’étions pas sur place, nous avons appris grâce à nos recherches, aux livres et aux médias ; ce n’est qu’une image de l’événement que nous avons voulu donner à voir. Monter ce texte était aussi un gros défi à cause de son écriture, qui posait la question de savoir comment l’amener au plateau. C’est une envie collective qui nous a poussé à monter 11 septembre 2001 de Michel Vinaver.

Comment vous êtes-vous approprié le texte de Michel Vinaver ?

Nous avons choisi d’alterner des passages en anglais et en français selon la signification que cela pouvait avoir. Bush, par exemple, dans notre spectacle, parle en anglais. Le texte du chœur n’est proposé dans le texte de Michel Vinaver qu’en anglais : il est le représentant du peuple américain. De plus, nous avons apporté un côté « numérique » à la pièce, qui est un reflet de notre société et de cet événement : le premier incident à être diffusé en direct à la télé.

Que représente pour vous le chœur ? Est-il une figure antithétique de l’ordre et de la confusion ?

Ce personnage, le chœur, est représenté sur scène par sept comédiens qui s’assemblent et se désassemblent pour laisser place à des quidams qui racontent leur expérience dans les tours. Nous avons choisi de faire passer ce personnage par toutes les étapes par lesquelles l’Amérique, et même le reste du monde, ont pu passer durant les événements : l’ordre, au début du spectacle, lorsque résonne New York, New York de Franck Sinatra, jusqu’au chaos, lorsque les corps se dispersent dans une course effrénée à la fin du spectacle.

Quelles ont été vos inspirations pour cette mise en scène ?

Jaison Thullier (metteur en scène) : Mes inspirations viennent de partout. Prenez, par exemple, la scène de l’ascenseur : pour la musique, je me suis inspiré d’une chanson d’un film intitulé Bovine, n’ayant aucun rapport avec le 11 septembre 2001, mais qui mettait en valeur l’effet d’apesanteur, propice à cette séquence. Notre influence quant à la représentation du chœur est apparue lorsque nous avons vu le spectacle Magnificat de Marta Górnicka. La metteuse en scène nous donne à voir un chœur de femmes qui semble invincible. Il est percutant et ne laisse aucun temps mort. Nous nous sommes inspirés de son travail en ce qui concerne le placement dans l’espace et les transitions du chœur. May be, de Maguy Marin est venu compléter notre travail : nous avons nous aussi choisi de donner à voir un chœur de sept comédiens. Des questions se sont posées à nous très rapidement : comment avoir un effet sur le public avec si peu de personnes ? Comment paraître inébranlable face au public ? Dans le livre de Michel Vinaver, avant le début du texte, il est indiqué que celui-ci n’est pas une pièce de théâtre mais un livret. Nous voyons le texte comme une partition, c’est pour cela que le chœur s’est placé de lui-même au centre de notre travail.

Vous êtes-vous inspirés de l’adaptation d’Arnaud Meunier et de Michel Vinaver ?

Non, mais nous l’avons visionnée après la première étape de création du spectacle. Cependant, nous ne nous sommes pas inspirés de ce travail car Arnaud Meunier ne met pas en place la même esthétique que nous et il n’avait pas non plus les mêmes moyens, c’est-à-dire le même nombre de comédiens. De plus, il y a beaucoup de disparités au niveau des costumes. Étant le point central de notre travail, le chœur constitue pour nous le seul élément de la mise en scène puisque c’est lui qui constituera la totalité des personnages ; chose qui n’est pas présente dans la mise en scène d’Arnaud Meunier qui, lui, a un personnage « chœur » qui n’est en aucun point similaire au nôtre (il est coloré, il chante et est uniquement féminin).

Dans l’œuvre de Michel Vinaver et dans sa représentation par Arnaud Meunier, il y a 28 personnages présents sur scène, pourquoi en avoir choisi que sept ?

Le fait de devoir figurer vingt-huit personnages avec sept comédiens était au départ un véritable défi. C’est une véritable représentation de l’événement que nous avons souhaité donner à voir, non une reconstitution. Il y a deux types de personnages dans notre spectacle : les personnages enregistrés et les personnages plateau. Les passages enregistrés sont ceux qui ont été réellement prononcés lors d’appels téléphoniques, d’appels de la tour de contrôle à des avions lors de l’événement. Nous avons enregistré ces passages avec les voix de tous les comédiens présents sur le plateau. Au niveau des personnages présents sur scène, le chœur étant au centre de la mise en scène, ce sont les corps qui créent le décor. Les différents personnages sortent de ce chœur. Celui-ci n’est qu’une représentation du peuple américain et de ce fait, le fait que chaque comédien joue plusieurs personnages au cours du spectacle n’est pas dérangeant. De plus, la vidéo en fond de scène fait apparaître les noms des personnages au fur et à mesure qu’ils apparaissent sur scène. Les changements de costume des comédiens sur scène aident également à la compréhension du spectateur.

« On a entendu un coup Sourd
Le bâtiment a tremblé. L’ascenseur s’est mis à osciller
Comme un pendule »

Extrait de 11 septembre 2001, propos de Jan Demzcur

À partir de cette citation, débute la danse. Que traduit-elle dans cet épisode de l’ascenseur ? La chute des corps, le mouvement de l’ascenseur ? Ou une chute générale de la pièce vers le chaos ?

Elle évoque en premier lieu la chute de l’ascenseur et c’est elle qui a donné au metteur en scène l’envie d’insérer à ce moment une chorégraphie. C’est Jan Demczur qui dit cette réplique. C’est un véritable sauveur et c’est le seul qui est évoqué dans la pièce. La chorégraphie est la figuration de la gloire de cet homme. Il a donc été essentiel pour nous d’accorder une importance à ce personnage. C’est d’ailleurs pour cela que lorsqu’il apparaît sur scène, il porte une combinaison grise, en opposition avec les costumes noirs des autres personnages présents sur le plateau. Cette danse crée un véritable moment de pause dans une représentation que nous avons voulue très rythmée. C’est un moment qui est à part dans le spectacle, un instant de poésie qui tombe pourtant - et c’est inéluctable - dans le chaos.

Selon vous l’événement du 11 septembre 2001 est-il toujours d’actualité ?

Oui, bien évidemment. Tous les ans, c’est une date anniversaire pour les États-Unis et même pour le monde. On peut aussi voir toutes les conséquences aujourd’hui de cet incident avec la guerre en Irak, les prises d’otages, les décapitations diffusées sur internet et l’écart qui s’accentue entre l’Orient et l’Occident. Même la reconstruction est une conséquence de ce qui s’est fait le 11 septembre 2001. La peur est toujours présente.

Quel est votre projet après festival ?

Nous aimerions nous professionnaliser. En attendant, nous voudrions nous produire dans d’autres festivals pour ce projet ou avec d’autres. L’année dernière, nous avons fait quelque chose a contrario de ce que nous avons pu faire jusque là, nous nous sommes mis à écrire un spectacle intitulé C’est pas marqué dans la Bible. Un spectacle de rue où l’humour est de circonstance. Nous sommes en train d’écrire une suite que nous aimerions jouer l’année prochaine. Nous avons aussi un nouveau projet qui est en cours de création, Notes de cuisine, de Rodrigo Garcia. C’est un projet qui est aussi conséquent que celui de 11 septembre 2001.

Propos recueillis par Émilie Grapindor, étudiante en Master MCEI