Obfor - par la Compagnie Encore à corps

Date : Mercredi 3 décembre 2014
Horaires : 20h30 - 21h15
Lieu : Théâtre Bernard-Marie Koltès
Durée : 45 minutes
Discipline : Théâtre / Danse / Musique

Réservation conseillée

Obfor

© Compagnie Encore à corps

Compagnie Encore à corps

Mise en scène et chorégraphie : Justine Guerville

Assistante mise en scène : Marie Petitpretz

Interprétation : Justine Guerville, Alvaro Prados

Pianiste : Ashe Ambourouet

Régisseur et technicien lumière : Anthony Coudeville

Dans un univers où la violence règne,
Où l'acte est volontaire ou non
Dans chaque personne naît une entité,
Elle se transforme, jusqu'à émettre un grain de folie
Chacun d'entre nous sera confronté à sa vision
À nous de savoir si on veut la laisser vivre.

Elle,
Etroitement liés, ils ne sont jamais loin l'un de l'autre,
Voici ses derniers mots :
« De nouveau seule, face à un monde qui n'est que spectateur
Mon corps n'est que l'œuvre du conflit entre l'être et le paraître
A bout de souffle, les mots deviennent ces gestes violents.
Je suis faite de chair qui hurle sous vos yeux
A présent, seriez-vous prêts à me regarder jusqu'au bout ? »

 Entretien avec la Compagnie Encore à corps

Rencontre avec Justine Guerville et Marie Petitpretz de la compagnie Encore à Corps pour le spectacle Obfor, qui sera joué le 3 décembre 2014 à 20h30, au théâtre Bernard-Marie Koltès.

Pouvez-vous vous présenter et présenter la compagnie Encore à Corps ?

Justine : Je suis metteur en scène, chorégraphe et danseuse dans Obfor.

Marie : Moi je suis assistante à la mise en scène, je travaille aussi dans une autre compagnie. Obfor est ma première collaboration sur un spectacle de danse.

Justine : Il y a Alvaro Prados qui est comédien et qui vient d’Espagne. C’est son premier projet chorégraphique. Il y a Ashe Ambourouet qui est notre pianiste, dont c’est le premier spectacle, et Anthony Coudeville, notre technicien lumière. Obfor est la première création de la compagnie, on l’a déjà jouée à Arras, l’année dernière au mois d’avril pour le festival Scena Incognita, le Off du festival Arsène où nous étions quatre ; cette fois-ci on le joue à trois car Nabil Diab, notre second pianiste est parti au Québec. On a donc dû repenser le spectacle à trois. Il s’agit vraiment d’une création collective dans lequel chacun s’est penché sur le sujet abordé - moi davantage sur la chorégraphie, Alvaro plus sur le théâtre et les musiciens sur l’aspect musical. Chacun a déjà eu des expériences auparavant.

Marie : C’est ça qui est bien avec cette équipe, elle est variée, on vient tous d’univers différents et on a tous cette envie et ce plaisir d’être sur scène.

Quelles sont vos formations ?

Justine : On vient tous de la licence arts du spectacle d’Arras sauf Ashe qui, lui, vient d’une licence en économie mais qui est pianiste à côté. Alvaro, qui vient d’Espagne, suit aussi une formation de comédien et il a monté une compagnie qui, elle, est déjà professionnelle.

Pouvez-vous raconter votre spectacle en quelques mots ?

Justine : C’est dur d’en parler, ça ne se raconte pas, ça se vit. Il faut le prendre comme une expérience. Le sujet c’est la violence, c’est sur ça qu’on a travaillé au plateau. Qu’est-ce que c’est, à quoi ça mène ? C’est à partir de ça qu’on a créé le spectacle.

Marie : Après, il s’est très vite dégagé une réflexion sur la victime et le bourreau. Est-ce que quand je suis victime je ne suis pas un peu bourreau, est-ce que quand je suis bourreau je ne suis pas un peu victime ? Des oppositions se sont créées, des ambiances, des mouvements. Poésie et grotesque, c’est tout le temps une balance, un équilibre fragile.

Justine : Avec ce sujet, on s’est créé notre histoire mais celle qui en ressort est différente selon les spectateurs qui assistent au spectacle, leur vécu, leur ressenti et même l’endroit où ils sont assis dans la salle. Chacun aura sa propre vision des choses.

Pourquoi avoir choisi de parler de la violence et de quel genre de violence parlez-vous ?

Marie : Cela concerne tout le monde, on a tous ce côté un peu voyeur qu’on assume plus ou moins. Certains viendront masqués, d’autres non, mais le spectacle est abordable dans sa forme chorégraphique. Il faut venir en se disant : je vais vivre une expérience, et rester jusqu’au bout.

Justine : Après avoir ouvert notre sujet, c’est venu comme ça. On prend des faits qu’il y a dans la vie, des faits divers, on les prend et on les met sur scène. On voit des choses absurdes qui se passent vraiment dans la vie.

Marie : C’est grotesque, au départ, on était parti de choses basiques, violences conjugales, violences au travail… Puis on s’est intéressé à des faits divers, des vidéos affreuses, horribles ou des articles de journaux. Cela allait crescendo, plus il y en avait, plus ça devenait grotesque. La bêtise humaine et la folie là où elle en est arrivée aujourd’hui…

Au début, quand on a écrit le dossier on était influencé par les références qu’on avait rencontrées en cours en 3ème année de licence. En parallèle d’Obfor, on avait des cours sur la violence au théâtre et on a lu beaucoup de choses là-dessus. Ce n’est pas vraiment à l’origine du spectacle car la réflexion était déjà là, mais ça l’a nourri.

Justine : Je pensais à ce spectacle depuis la fin de la 1ère année de licence, ça a pris du temps, je me posais beaucoup de questions sur ce que je voulais faire, le thème et comment l’aborder. Je me suis inspirée de chorégraphes qui existent mais j’ai surtout essayé de trouver mon propre style. Des fois je regardais des films ou des vidéos qui n’avaient rien à voir, mais je voyais des mouvements qui m’intéressaient et que j’exploitais.

Quel est selon vous l’intérêt de la forme chorégraphique pour traiter ce genre de sujet ?

Justine : C’est ma vie, c’est tout, je danse depuis l’âge de quatre ans, je communique et m’exprime mieux en dansant qu’en parlant, c’est comme ça. Pour le coup, j’avais envie de la forme chorégraphique. C’est là où je me sens le mieux et où je peux faire ressortir des émotions et toucher les personnes.

Marie : Moi j’ai un point de vue plus extérieur, je ne suis pas sur le plateau. Je trouve que la danse c’est le meilleur langage possible pour ce sujet car elle dit les choses sans les dire véritablement, chacun va interpréter, voir ce qu’il veut ou ce dont il a envie.

Justine : Un mouvement peut dire plusieurs choses, selon ce que chacun voit et comprend.

Marie : La violence est un sujet difficile, c’est cru et en même temps ça ne l’est pas avec la danse, elle arrive à trouver de la beauté dans quelque chose qui n’est pas beau, à le sublimer.

Cherchez-vous à faire passer un message avec ce spectacle ? Si oui, lequel ?

Justine : Non pas du tout, il faut le prendre comme ça, comme une expérience, pourquoi ce mouvement, ce mot, cette personne. Au départ je me suis posée la question de savoir si je prenais quelqu’un pour la danse ou si je le faisais moi-même sauf que moi je sais ce que j’ai envie de faire ressentir. Je ne savais pas si en prenant quelqu’un d’autre, j’aurais réussi à lui faire dire ce que moi je voulais dire. On n’a pas de volonté de faire passer un véritable message en lien avec l’actualité. Le seul message c’est le mouvement, chacun l’interprète et le ressent selon ce qu’il est.

Marie : C’est un long débat, au début avant que la création se lance, ça faisait polémique comme sujet, même moi au départ je ne voulais pas m’engager là-dessus, car je n’avais pas les même opinions, la même vision des choses, mais finalement quand Justine a creusé et ouvert le sujet, cela m’a intéressée et j’ai eu envie de travailler avec elle.

Dans votre dossier de candidature vous mettez en avant deux citations :

« De nouveau seule, face à un monde qui n’est que spectateur. Mon corps n’est que l’œuvre du conflit entre l’être et le paraître. A bout de souffle, les mots deviennent ces gestes violents. Je suis faite de chair qui hurle sous vos yeux. A présent, seriez-vous prêts à me regarder jusqu’au bout ? »Obfor

« La vie est née dans la violence. Sur la tête de chacun d’entre nous pèse la malédiction ancestrale de cinquante millions de meurtres » – Herbert George Wells

Pouvez-vous nous parlez un peu de ces citations ? Est-ce une volonté de provoquer. Pensez-vous que la provocation puisse faire passer un message ?

Justine : La première citation, c’est ce qu’on pourrait mettre dans une plaquette pour le spectateur. C’est moi qui ai écrit ce texte, c’est très provocateur, je mets au défi le spectateur de venir voir le spectacle, il y a une volonté de déranger.

Marie : La citation je la trouvais belle, je trouve qu’elle sublime l’indicible, qu’il y a de la cruauté et beaucoup de sensualité, et Obfor c’est ça selon moi.

Justine : La seconde ressemble beaucoup à Obfor, je trouve que cela dit un peu « vous avez vu où on en est ». Les meurtres sont généraux, au-dessus de nous il y a ça.

Marie : Au-delà des spectacles, ce sont des réflexions qu’on s’est faites. Je suis très attirée par ça, l’assassin qu’on a en nous, et c’est assez beau de reconnaître la part de cruauté dans l’être humain, mais il faut la dompter, c’est vital. On est dans une famille à un endroit précis et avant nous il y a des cadavres. On vit entouré de cadavres, mais sont-ils vraiment morts ?

Propos recueillis par Charlène Bouchard, étudiante en Master MCEI